🏃 Nutrition du sportif

Nutrition et micronutrition du sportif : les repères pour les professionnels de santé

En consultation avec un sportif, la question la plus utile n'est pas quel complément proposer, mais si les apports couvrent la dépense. La disponibilité énergétique, la répartition des glucides et des protéines, le statut martial et le risque de dopage involontaire structurent l'essentiel du travail. Cette page rassemble les repères chiffrés et les limites d'exercice à connaître.

Disponibilité énergétique : le premier paramètre à évaluer

La disponibilité énergétique correspond à l'énergie restant à l'organisme une fois le coût de l'exercice soustrait, rapportée à la masse maigre. Une valeur d'environ 45 kcal/kg de masse maigre par jour a été associée à un fonctionnement optimal ; en dessous de 30 kcal/kg, des altérations de plusieurs fonctions corporelles ont été décrites.

Le consensus 2023 du Comité international olympique a actualisé ce cadre sous le terme REDs (Relative Energy Deficiency in Sport) : un syndrome d'altération du fonctionnement physiologique et/ou psychologique lié à une faible disponibilité énergétique problématique, chez les athlètes des deux sexes. Les répercussions décrites touchent le métabolisme énergétique, la fonction reproductive, la santé osseuse, l'immunité, la synthèse de glycogène, le système cardiovasculaire et l'hématologie.

Ce consensus insiste sur un point utile en consultation : la faible disponibilité énergétique s'inscrit sur un continuum, de l'adaptable au problématique. L'outil IOC REDs CAT2 propose un dépistage puis une stratification en quatre niveaux (vert, jaune, orange, rouge), le diagnostic final restant médical. Repérer et orienter relève de votre pratique ; poser le diagnostic n'en relève pas.

Glucides et protéines : les repères quantitatifs

Les apports glucidiques se raisonnent en grammes par kilogramme de poids corporel et par jour, selon la charge d'entraînement : 3 à 5 g/kg pour une activité légère, 5 à 7 g/kg pour environ une heure quotidienne, 6 à 10 g/kg pour 1 à 3 heures d'intensité modérée à élevée, 8 à 12 g/kg au-delà de 4 à 5 heures.

Côté protéines, la position commune de l'Academy of Nutrition and Dietetics, des Diététistes du Canada et de l'American College of Sports Medicine (2016) retient 1,2 à 2,0 g/kg/jour pour soutenir l'adaptation métabolique, la réparation et le remodelage. Des apports plus élevés peuvent se justifier temporairement, lors d'une intensification de l'entraînement ou d'une restriction énergétique.

La répartition compte autant que le total : environ 0,3 g/kg par prise après les séances clés, toutes les 3 à 5 heures, soit 15 à 25 g de protéines selon le gabarit. Ces valeurs sont des points de départ à ajuster, pas des prescriptions.

Périodiser : avant, pendant et après l'effort

La périodisation nutritionnelle consiste à faire varier les apports selon la demande de chaque séance plutôt qu'à appliquer un plan fixe. Avant un effort de plus de 60 minutes, 1 à 4 g/kg de glucides dans les 1 à 4 heures précédentes ; pendant, 30 à 60 g/h entre 1 h et 2 h 30 d'effort.

Au-delà de 2 h 30 à 3 heures, les apports peuvent monter jusqu'à 90 g/h, à condition d'associer plusieurs types de glucides : le transport intestinal du glucose sature autour de 60 g/h. Cette montée en charge se travaille à l'entraînement, la tolérance digestive ne s'improvisant pas le jour de la compétition.

En récupération, lorsque moins de 8 heures séparent deux séances exigeantes, 1 à 1,2 g/kg/h de glucides pendant les 4 premières heures accélèrent la resynthèse du glycogène, avant de revenir aux besoins quotidiens. Lorsque le délai de récupération est long, cette urgence n'a plus lieu d'être.

Hydratation et électrolytes : deux risques opposés

L'objectif pratique est de limiter le déficit hydrique à moins de 2 % du poids corporel pendant l'effort : au-delà, les fonctions cognitives et la performance aérobie peuvent être altérées, surtout à la chaleur. Après l'effort, une réhydratation efficace suppose 1,25 à 1,5 litre par kilogramme de poids perdu.

Le risque inverse est réel et plus dangereux. Boire au-delà des pertes sudorales et urinaires est la cause première d'hyponatrémie d'effort, définie par une natrémie inférieure à 135 mmol/L pendant l'effort ou dans les 24 heures qui suivent. Il n'existe pas de seuil au-dessous duquel les signes apparaîtraient : la symptomatologie dépend autant de la vitesse de chute que de la valeur absolue, les formes sévères s'observant typiquement sous 125 mmol/L. Tout trouble neurologique après un effort prolongé impose un avis médical immédiat. Les sportifs de loisir, dont les débits sudoraux sont plus faibles, y sont plus exposés que les compétiteurs.

L'apport de sodium pendant l'effort se justifie en cas de pertes importantes : débit sudoral supérieur à 1,2 L/h, sueur salée, ou effort dépassant deux heures. La pesée avant et après séance, en tenant compte des boissons consommées et des urines émises, reste la méthode la plus simple pour estimer les pertes individuelles.

La sportive : cycle menstruel, statut martial et santé osseuse

Chez la sportive, trois points méritent une attention systématique : la régularité du cycle menstruel, le statut en fer et la santé osseuse. L'ancienne triade de l'athlète féminine — faible disponibilité énergétique, troubles menstruels, densité minérale osseuse abaissée — est aujourd'hui intégrée au cadre plus large des REDs, qui concerne aussi les hommes.

Pour le fer, l'Anses fixe la référence nutritionnelle à 11 mg/jour chez la femme réglée aux pertes menstruelles faibles à modérées, et 16 mg/jour en cas de pertes élevées ; les besoins des sportives peuvent être majorés jusqu'à 70 % du besoin moyen estimé. Aucun seuil de ferritine ne fait consensus (propositions de 10 à 35 ng/mL) et, protéine de l'inflammation, elle s'interprète en contexte, par le médecin.

La France métropolitaine se situe entièrement au-dessus du 35e parallèle nord, latitude au-delà de laquelle la position commune de l'Academy of Nutrition and Dietetics, des Diététistes du Canada et de l'American College of Sports Medicine situe un risque majoré d'insuffisance en vitamine D (25(OH)D entre 50 et 75 nmol/L) et de déficit (< 50 nmol/L), particulièrement pour les disciplines pratiquées en salle. Sur le cycle, la méta-analyse de McNulty (2020) ne retrouve qu'un effet trivial de la phase folliculaire précoce et recommande une approche individualisée plutôt que des règles générales.

Compléments et dopage involontaire : ce que change la norme NF EN 17444

La norme française NF V94-001 n'est plus en vigueur : elle a été remplacée en février 2021 par la norme européenne NF EN 17444, et depuis le 21 août 2021 les fabricants ne peuvent plus s'en prévaloir. C'est donc la mention EN 17444 qu'il faut désormais chercher sur un conditionnement.

Le risque est documenté de longue date : dans l'étude internationale conduite pour le CIO (Geyer et coll., 2004), portant sur des produits achetés dans 13 pays entre octobre 2000 et novembre 2001, 94 des 634 compléments analysés (14,8 %) contenaient des stéroïdes anabolisants non déclarés sur l'étiquette. Aucune donnée récente d'ampleur comparable n'est disponible, mais le principe de responsabilité objective, lui, n'a pas changé. Le principe de responsabilité objective s'applique : le sportif répond de toute substance retrouvée dans son organisme, et l'AFLD rappelle qu'aucune organisation antidopage ne peut garantir l'absence de substance interdite dans un complément.

L'AFLD renvoie par ailleurs vers des programmes d'analyse de lots : Sport Protect, Informed Sport, NSF Certified for Sport, Cologne List. Sur le versant sécurité, la nutrivigilance de l'Anses avait recensé 49 signalements d'effets indésirables — surtout cardiovasculaires et psychiatriques — liés à des compléments visant le développement musculaire ou la perte de masse grasse entre 2009 et février 2016.

Se former à la nutrition du sportif avec Nutry

La formation « Nutrition et supplémentation des sportifs » se déroule sur 2 jours (14 heures), à 360 €, en présentiel ou en classe virtuelle. Elle approfondit les besoins nutritionnels du sportif, l'évaluation des déficits et les critères d'une supplémentation adaptée, dans le cadre d'exercice propre à chaque professionnel.

Une précision nécessaire : une formation courte ne délivre aucun titre ni droit d'exercice nouveau. L'exercice de la profession de diététicien et le port de ce titre sont réservés par l'article L4371-2 du code de la santé publique aux titulaires des diplômes mentionnés à l'article L4371-3 — l'article L4371-1 définissant, lui, l'activité de diététicien. Un kinésithérapeute, un médecin ou un pharmacien ne devient pas diététicien à l'issue de deux jours.

Côté financement, la plupart de nos formations sont finançables, mais aucune n'est éligible au CPF, faute de titre enregistré au RNCP. Pour les diététiciens, la nutrition du sportif ne figure pas parmi les thèmes retenus par le FIFPL au titre de 2026 : nous n'annonçons donc aucune prise en charge à ce titre. Les critères évoluant chaque année et chaque profession libérale ayant les siens, nous vérifions votre situation avec vous.

Le parcours

Les formations de ce domaine

Questions fréquentes

On répond à vos questions

Quels compléments disposent réellement de données chez le sportif ?
Le consensus du CIO de 2018 retient un niveau de preuve suffisant pour la caféine, la créatine monohydrate, les nitrates, le bicarbonate de sodium et, possiblement, la bêta-alanine, avec des gains présentés comme marginaux. La caféine y est étudiée autour de 3 à 6 mg/kg. Ces produits n'exonèrent pas de l'analyse bénéfice-risque ni du choix de lots analysés.
Comment estimer la disponibilité énergétique en consultation ?
En rapportant l'apport énergétique diminué de la dépense liée à l'exercice à la masse maigre estimée. La méthode reste imprécise : elle dépend d'un relevé alimentaire déclaratif et d'une estimation de composition corporelle. Considérez-la comme un signal d'alerte utile au dialogue, non comme une mesure diagnostique, et orientez vers un médecin du sport en cas de doute.
Un professionnel non diététicien peut-il conseiller un sportif sur sa nutrition ?
Chacun intervient dans le périmètre de sa propre profession. Le port du titre de diététicien est réservé par l'article L4371-2 du code de la santé publique aux titulaires des diplômes prévus à l'article L4371-3 ; il ne s'acquiert pas par une formation courte. Une formation continue apporte des repères pour questionner, repérer une situation à risque et orienter, jamais un nouveau droit d'exercice.
La formation Sportifs est-elle éligible au CPF ou prise en charge par le FIFPL ?
Aucune formation Nutry n'est éligible au CPF : nos parcours ne débouchent pas sur un titre enregistré au RNCP. Pour les diététiciens, la nutrition du sportif ne figure pas parmi les thèmes retenus par le FIFPL au titre de 2026. D'autres voies existent selon votre statut (employeur, opérateur de compétences, financement personnel) : contactez-nous, nous vérifions avant inscription.
Faut-il doser la ferritine chez toutes les sportives ?
Non, un dépistage ciblé est plus pertinent : coureuses de fond, régimes excluant les produits carnés, donneuses de sang régulières, antécédents de fatigue inexpliquée. La prescription et l'interprétation relèvent du médecin, d'autant qu'aucun seuil ne fait consensus et que la ferritine s'élève avec l'inflammation. Le moment de la prise compte : l'hepcidine, qui freine l'absorption du fer, culmine environ 3 heures après un effort intense. Les données disponibles situent la fenêtre la moins favorable autour de 2 à 3 heures après l'effort et privilégient le matin ou les 30 minutes qui suivent l'arrêt de l'exercice ; là encore, la décision de supplémenter revient au médecin.
Quel public la formation Sportifs vise-t-elle ?
Elle s'adresse aux professionnels de santé et paramédicaux qui accompagnent des sportifs : diététiciens, kinésithérapeutes, médecins, pharmaciens, ainsi qu'aux préparateurs physiques souhaitant structurer leur culture nutritionnelle. Les contenus supposent une pratique en cours et sont abordés sous l'angle de la consultation, du repérage et de l'orientation pluriprofessionnelle.

Un organisme certifié & référencé

Certifié Qualiopi — Actions de formation FIF PL — Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux

La certification qualité Qualiopi a été délivrée au titre de la catégorie « Actions de formation ». Selon votre statut et votre profession, votre formation peut relever d'un thème pris en charge par le FIFPL, de votre OPCO ou d'une AIF France Travail — la décision appartient à l'organisme financeur.