Intention délibérée et durable de contrôler mentalement son alimentation dans un but de contrôle du poids ou de la forme corporelle, en substituant des règles cognitives — quantités, horaires, aliments autorisés ou interdits — aux signaux internes de faim et de rassasiement. Le concept a été formalisé par Herman et Polivy au milieu des années 1970 et est évalué par des échelles telles que le TFEQ ou le DEBQ.
Sa dynamique est bien décrite. La mise sous contrôle mental fragilise progressivement les repères internes ; toute transgression de la règle produit une désinhibition, souvent accompagnée du raisonnement « puisque j'ai déjà craqué », de culpabilité, puis d'un durcissement du contrôle qui alimente le cycle suivant. On distingue une restriction rigide, du tout ou rien, associée dans les études à davantage de désinhibition et de détresse, et une restriction souple, plus flexible, mieux tolérée. Les conséquences décrites incluent la variabilité pondérale, la préoccupation alimentaire envahissante, l'altération de la qualité de vie et une relation dégradée au corps.
Points de vigilance. Le conseil nutritionnel lui-même peut installer ou aggraver une restriction cognitive lorsqu'il est prescriptif, chiffré et centré sur l'interdit : c'est un effet indésirable à part entière de la pratique professionnelle, qu'il faut connaître et prévenir. Le repérage des troubles du comportement alimentaire est indispensable avant toute démarche portant sur le poids ; le questionnaire SCOFF, avec au moins deux réponses positives sur cinq, constitue un outil de repérage simple, non diagnostique. Anorexie mentale, boulimie et hyperphagie boulimique relèvent d'une prise en charge spécialisée et pluridisciplinaire, médicale et psychologique, que le professionnel formé en micronutrition ne conduit pas et vers laquelle il oriente sans délai. Aucune promesse de résultat pondéral ne peut être formulée, et la restauration des sensations alimentaires constitue un objectif d'accompagnement plus pertinent qu'un objectif chiffré.


